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Blake c/ Goodyear : parlons technique...

janvier 2008, par Sébastien Canevet

La question de la supériorité du Good Year par rapport au blake est l’objet de débats souvent passionnés mais (enfin, généralement :-( ) courtois entres amateurs de beaux souliers.

J’essaie ici de dresser un état des lieux aussi objectif que possible des données techniques de la question...

Rappelons qu’il y a deux grands types de fabrication pour un soulier, la couture Blake, qui est une couture« simple et directe » et la couture « double sur trépointe » : le Goodyear. Chacun de ces deux modes de fabrication connaissant quelques variantes. (Par exemple, le norvégien est une déclinaison du Goodyear).

Précautions oratoires

Afin de chercher à aboutir à un constat objectif, je propose de ne comparer que ce qui est comparable, c’est à dire « toutes choses étant égales par ailleurs ».

Par « toutes choses étant égales par ailleurs », j’entends à qualité de cuirs et fournitures égales, à exigences en matière de finition égales, à compétence égale des différents ouvriers de la chaîne de fabrication (patronnier, coupeur, piqueur, monteur, finisseur et bichonneur).

Il est en effet parfaitement évident pour tout le monde qu’un blake bien réalisé avec des matériaux de qualité peut être plus onéreux qu’un good year fabriqué à la va vite.

Il est donc important de prendre soin de ne pas chercher à compliquer les choses, qui le sont déjà bien assez, en respectant cette règle de raisonnement.(on ne comparera donc pas, par exemple, une fabrication industrielle d’un côté avec la réalisation à la main, par un bottier, de l’autre)

Fabrication du Blake et du Goodyear

Pour faire un Blake, il suffit de coudre ensemble la tige, la première, de placer un cambrion (le rempli quand il y en a) et une semelle (une seule couture).

En revanche, pour faire un Goodyear, il faut une tige, une première de montage sur laquelle est sculptée ou posée le mur de montage ainsi que la trépointe (première couture). A ceci s’ajoute le cambrion, le rempli, le couche point (qui rattrape l’épaisseur de la trépointe), l’ensemble donne lieu à un clouage. Enfin, vient la seconde couture, la Goodyear (éventuellement cousue sous gravure si on est en belle fabrication) et enfin l’affichage du talon.

La difficulté de réalisation d’un montage Goodyear est supérieure à celle d’un Blake, elle nécessite du piqueur une plus grande maîtrise de la machine.

Le temps de réalisation d’un Goodyear est plus long que celui d’un Blake, la différence pouvant aller jusqu’à doubler le temps de réalisation.

Différence de structure

Structurellement, la chaussure montée Blake est l’assemblage de deux feuilles de cuir à angle droit (la semelle et le tige), alors que la chaussure Goodyear est une structure en trois dimensions qui participe, par sa conception même à la rigidité de l’ensemble. Le mur de gravure et un élément structurel qui assure cette rigidité, ce qui fait par définition défaut à la chaussure montée Blake.

Seuls des éléments de structure annexes (bout dur, contrefort, ailettes, etc...) peuvent venir pallier la faiblesse inéhrente à la conception même du Blake, mais puisque nous étions partis du principe que « toutes choses égales par ailleurs... » :-)

Qualités respectives des deux fabrications

* Conséquence du montage sur l’esthétique

Le Blake permet de fabriquer plus facilement un soulier plus fin et élégant, d’autant que la lisse ronde (lisse demi ronde, en industrie) est difficile à réaliser sur un Goodyear, à cause de la présence de la couture sur la trépointe.

Je n’en dis pas plus sur la question de l’esthétique du débordant de semelle, je sortirais de l’ambition d’objectivité qui préside à la rédaction de ce texte. Notons tout de même l’importance d’un débordant minimum pour protéger la tige lors de la marche.

* Confort

Parceque plus rigide, le soulier Good Year est normalement moins confortable lors des premiers ports que le Blake, il faut « faire » le soulier en le portant peu à peu.

Mais dès que le soulier s’avachit, et le soulier Blake le fait bien plus vite que le soulier Goodyear, le confort ressenti disparait.

* Réparation

Le Goodyear est plus facile à réparer correctement que le Blake. Le ressemelage, éventuellement avec changement de trépointe (effectué de préférence sur la forme originale) permet d’assurer la pérennité du soulier Goodyear, alors que la même opération effectuée sur un soulier blake risque au contraire de le fragiliser.

En effet, on ne peut pas ne pas toucher à la tige pour ressemeller un Blake, et si la nouvelle couture ne repasse pas exactement dans les trous de l’ancienne, ça se découpe comme un papier prédécoupé.

En revanche, le ressemelage du Goodyear évite de toucher à la tige, puisque c’est justement la trépointe qui subit la nouvelle couture. Lorsque la trépointe est elle même abimée, il convient bien évidemment de la changer, en recousant alors la tige elle même sur la nouvelle trépointe, mais le nombre de resemellages possibles est par définition supérieur pour le Goodyear.

Messages

  • article juste en tout points....
    ce qui me derange c’est de ne pas prendre en compte les realites qui structure le marche de la chassure en 2009,quelques examples :
    - un goodyear dure plus longtemps et on peut changer la semelle sans toucher a la tige etc un blake est virtuellement un produit jetable une fois user.
    tout ca c’est tres jolie et pas faux sauf que : aujourdh’ui changer une semelle sur un goodyear (fait correctement) coute facilement une centaine d’euros = prix d’une paire moyen de gamme neuve.
    - peu de gens de moins de 40 ans sont tres exigeant sur la longevite de leur chaussures et ne reclame pas 10,15,20 ans d’usure ;pour eux l’esthetique est bien plus importante....ca veut pas dire qu’ils veule de mauvaises chaussures ou des montages approximatifs ca veut dire simplement que quand il y’a 30 ans on avait une paire ca avait interet a durer,un changement de semelle coutait 3 fois rien (la main d’oeuvre etait nombreuse et ne coutait pas chere)
    aujourd’hui trouver un vrai bottier pour refaire un montage sur forme est un casse tete et c’est une main d’oeuvre de luxe,dans 10 ans c’est terminer !
    oui le goodyear est excellent,oui ca fait super dans les reportages televises,non c’est pas adapter aux hommers de demain (en tout cas en dehors de la niche pointu),et ce n’est ni le present ni le future de la chassure.....

    le concept meme de comparer ’’objectivement’’ les deux montage me parait un peu detacher des realites,on peut pas les comparer sans prendre en compte que un goodyear fait un france ou en italie coute a la vente entre un tiers et un demi SMIC voire plus pour des vrais beautes c totalement inaccessible pour 90% de la population....alors que si les revendeurs etait un peu plus honnete on devrait trouver d’excellents blake a 50/60 euros la paire (fait en chine,et alors !?)
    d’ailleurs moi j’en ai vu des blake impressionnant fait a dongguan fabriquer pour les producteurs italiens en douce avec des semelles et cuirs importer et leur cout total avoisinait les 20$/pair et c’etait pas des series de 10 000 paires ou du PU ou du cimenter......

    • Bonsoir,

      je souhaite accentuer le fait que le phénomène de mode s’est accaparé du blake comme outil de propagation de bonne chaussure bon marché.

      Pourquoi donc 90% ne pense jamais investir dans un goodyear ?

      Je vais vous dire la triste vérité...par une simple question, et si vous osez me répondre alors je dirais que l’on se trouve au bout du tunnel....

      Est ce que le monde de la chaussure est il disloquer ?

      La connaissance d’un produit et sa divulgation en effet de masse (moyen médiatique d’aujourd’hui qui contre le bouche a oreille d’hier) fait que les gens sont conduits dans un processus de mode très merchandising, très divulguer, très cibler.

      Je travaille dans une boutique de chaussure et il est triste que notre clientèle soit toujours du haut de gamme en grande majorité (cela commence à changer mais bon c’est le concept qui le veut) ...voilà tout...les 90% de la population gagnent le smic mais :
      - vont très mal manger chez mac do (et cher pour avoir faim 1h après)
      - vont dépenser beaucoup pour un téléphone (ex. iphone et cher)
      ...mais ne vont pas penser à investir dans une paire de 200 euros.

      Au grand jamais.

      Alors que pour un téléphone écran tactile dernière génération ils seraient prêt à le faire. Le besoin nait, si vous me le permettez, de la connaissance.

      N’y a t il pas un verset qui dit :
      "mon peuple se meurt faute de connaissance" (La Bible)

      Et si vous me le permettez pas encore :
      la tradition de la belle chaussure d’antan était dû par une transmission du savoir au sein du cocon familial...si Grand père avait des godillots bien cirés et propre...cela encourageait le reste de la famille à le faire
      tout simplement...
      et dans les familles de Neuilly/Paris 16ème/Paris 8ème/et tous ses petits enfants qui prennent le car à pte Dauphine pour cette école prestigieuse en Ile de France (prisée par le monde entier) et qui viennent dans ma boutique sachant à leur âge tout le savoir faire d’un bon cirage...
      et bien ils ne l’ont pas appris dans des livres...car on n’enseigne pas ce genre de passion à l’école : c’est un savoir qui se transmet, voilà tout.

      Peut être vous qui avez écrit cet article pensez vous au 90% de la population. Vous avez raison. Cependant tant que la connaissance n’est pas divulguer au grand nombre...
      tant que les chausseurs dans Paris se mangent les uns les autres
      tant que Charles Jourdan ferme
      que beaucoup de chausseurs ferment boutiques...
      et que personne ne fait rien, et bien c’est simple : on reste focaliser sur les grandes marques et puis c’est tout.
      a la fin il ne restera que Berluti et encore (?)

      a bientôt je l’espère
      David.
      loriot.david@gmail.com

    • « aujourdh’ui changer une semelle sur un goodyear (fait correctement) coute facilement une centaine d’euros = prix d’une paire moyen de gamme neuve »

      Prix d’une paire moyenne de gamme neuve. On n’est jamais obligé d’acheter une paire moyenne de gamme neuve d’une centaine d’euros… On peut y mettre 3 à 5 fois plus.
      C’est de l’investissement à très long terme… et un très bon même.
      Je l’ai compris depuis longtemps… et j’apprécie.

      « peu de gens de moins de 40 ans sont tres exigeant sur la longevite de leur chaussures et ne reclame pas 10,15,20 ans d’usure ;pour eux l’esthetique est bien plus importante.... »

      Il ne me semble pas. Ce n’est que pure spéculation.
      Dans mon entourage, de nombreuses personnes plutôt jeunes (et pas forcément fortunées – pour le moment) sont devenues adeptes de la belle et bonne chaussure.
      Elles avaient fini par bien comprendre et assimiler les avantages.
      Elles constituent patiemment et amoureusement leur « collection »… les trainers ne leur servent plus qu’à aller faire les courses.

      L’esthétique n’étant pas liée à la longévité en résistance de la chaussure… Les personnes évoquées précédemment ne changeaient pas souvent leurs chaussures parce que ces dernières ne leur plaisaient plus esthétiquement, mais parce qu’elles s’enlaidissaient et se détérioraient rapidement… qualité très moyenne oblige !

      « aujourd’hui trouver un vrai bottier pour refaire un montage sur forme est un casse tete et c’est une main d’oeuvre de luxe,dans 10 ans c’est terminer ! »

      De très bons cordonniers, il y en a toujours. Du luxe, absolument pas ! Seulement des professionnels consciencieux qui doivent eux aussi gagner leur vie, et si possible correctement ! Pourquoi n’y auraient-ils pas droit ?

      Dire que dans 10 ans c’est fini, est encore une fois pure spéculation.
      On m’avait déjà rebattu les oreilles avec ça il y a 20 ans…

      « non c’est pas adapter aux hommers de demain (en tout cas en dehors de la niche pointu),et ce n’est ni le present ni le future de la chassure..... »

      Encore une fois pure spéculation.
      Ni le présent ? Le présent c’est aujourd’hui… le cousu GoodYear est encore employé, non ?
      Je viens de me procurer une paire de Alden… ils ne m’auraient quand même pas grugé ? Pas à ce prix là ?

      Ni le futur ? Madame Soleil, quel est votre avis ?

      ***

    • Je crains que vous ne confondiez le nom des coutures. En effet il ya 3 coutures différentes : la blake, la petits points appelée aussi " rapide " et la good year la moins interressante. En effet cette derniére ne maintient pas la semelle à la chaussure mais la tige à la double,la semelle étant seulement collée.Donc absolument pas un critére de vente voir de qualité.

    • Je crains à mon tour que vous ne confondiez un peu tout, à commencer par les coutures mécaniques (industrie) et les coutures faites à la main par un bottier (mon métier).

      Les deux coutures mécaniques sont le blake et le goodyear, leur "équivalent" (si on peut écrire ça) en couture à la main sont la couture "dedans-dehors" ou "lisse collante" et le cousu trépointe.

      Ce que vous évoquez avec la semelle collée est un type de fabrication industriel à bas prix plus connu sous le nom de "soudé". Il n’a rien à voir avec le Goodyear, qui est l’une des plus belles fabrications mécaniques.

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